Devenir père

Surmonter l’échec parental

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Dans un article précédent, je t’avais partagé l’histoire d’un homme. Un homme qui se reprend en main à la suite d’un constat simple : il avait échoué en tant que père.

Mais il s’est relevé et a trouvé une solution. Celle qui lui permettrait de devenir un parent qui aiderait ses enfants à grandir et à s’épanouir au mieux.

Dans cette histoire, vient un moment où il décide d’aller mieux, décide d’être un meilleur parent et décide de suivre son plus jeune fils dans l’apprentissage de sa vie. Redécouvrir le monde. Réapprendre à marcher. Un petit pas après l’autre.

Cette histoire, c’est une histoire vraie. C’est mon histoire.

Mais avant d’arriver à trouver cette solution, j’ai échoué.

Des dizaines de fois.

Des centaines de cris.

Des milliers de larmes.

C’est sans doute un peu pour ça que je n’ai mentionné que mon plus jeune fils dans ma première histoire. Parce que son histoire est l’histoire d’un père qui comprend rapidement que ce qui se passe en lui est néfaste pour sa famille et qui décide de changer. De travailler profondément ses habitudes.

Pourtant il y a une autre histoire que je voudrais te raconter. Une histoire qui n’est pas aussi brillante que la précédente.

Tout commence à la naissance de mon plus grand fils. Déjà cinq ans. Sur base d’un historique compliqué, sa naissance est un miracle et malgré la fatigue des premières heures, j’ai pu ressentir qu’un lien nouveau se créait en moi.

Comme toute nouvelle relation dans la vie, le premier lien est une petite ficelle qui unit deux êtres. Fragile. Hésitante.

C’est notre rôle en tant que parent que renforcer ce lien. De trouver la façon de le faire évoluer. Chaque jour un petit peu plus résistant. Chaque jour un petit plus élastique. Pour que jamais il ne se casse, pour que jamais il ne se brise. Tout en laissant à l’enfant sa liberté, lui garantissant qu’à tout moment il pourra s’accrocher à cette corde pour remonter une pente difficile, sortir de sables mouvants.

C’est notre unique rôle en tant que parent.

Pourtant, en tant que père, nous n’avons que peu de jours disponibles pour pleinement construire ces fondements. Il a fallu rapidement quitter cette bulle d’amour que nous formions les premiers jours. Ce cocon où l’on aurait voulu vivre une vie entière. La réalité était revenue au galop. Trop vite. Trop brutale.

Et mon absence se fit ressentir.

Un peu

Beaucoup

Passionnément

A la folie

Toujours plus d’heures de travail. Toujours plus de stress. Toujours plus d’absences. Il se passe des journées entières où je ne vois pas mon fils n’arrivant pas à trouver un créneau qui colle avec ses cycles horaires.

Ne pas voir grandir son enfant est sans doute l’une des souffrances les plus dures à subir dans la vie.

Alors je remets la faute sur mon travail. Sur le fait que j’étais dans la période la plus chargée, la plus compliquée de l’année. Sur le fait qu’on avait besoin de moi là-bas.

Sauf que cette période ne se finit jamais et je réalise après quelques mois qu’en fait, personne n’avait autant besoin de moi que ma propre famille. Que mon fils.

Cet instant précis où ton monde s’effondre. Tu aimes ton enfant et tu es convaincu que tu le protégeras toute sa vie mais que se passe-t-il quand tu réalises que c’est toi qui le fait souffrir. Que par ton absence, tu es celui qui le blesse. Personne d’autre, juste toi.

Alors tu te réveilles et tu te relèves. Parce que ton enfant a besoin de toi. Et tu chamboules ta vie pour prioriser ce qui t’es le plus cher au monde. Pour être présent aussi souvent que possible. Refusant de travailler autant que les autres. Refusant de prendre du temps pour toi. Ton moteur ? Ta culpabilité.

Le problème quand tu utilises ta culpabilité comme moteur c’est qu’au fil des semaines il perd en puissance parce que tu commences à te voir comme quelqu’un de mieux. C’est à ce moment précis que tes mauvaises habitudes reviennent.

Et c’est dans un jeu vidéo que je réinvestis ces mauvaises habitudes. Rognant sur mes nuits, me levant à 4 heure du matin pour y jouer, cherchant la moindre occasion, la moindre sieste pour m’y connecter. Et à nouveau me décrocher de la réalité. Le manque de sommeil et de concentration ne me permet plus d’être présent. De vivre le présent.

Et à nouveau. Mon fils perd son père.

Et à nouveau. Des mois entiers de perdus avant que je ne comprenne mon état.

Et à nouveau. La culpabilité comme unique moteur.

Ce modèle s’est à chaque fois traduit différemment et j’imagine que tu pourras également trouver en toi des situations similaires. Q’importe où se sont logées mes mauvaises habitudes, elles ont chaque fois trouvé le moyen de revenir. Un peu plus fortes. Un peu plus dévastatrices.

Si tu as parcouru la première histoire, tu as pu découvrir que c’était un cycle caféine/alcool assez néfaste qui s’était instauré sans crier gare.

Pourtant, cette fois-ci, je sais que j’ai réussi.

Pourtant, cette fois-ci, je sais que j’ai cassé ce cycle permanent. Cet effet yo-yo pour mon fils d’avoir un père présent et de le perdre quelques semaines plus tard avant de le retrouver à nouveau.

J’y suis arrivé non pas en réglant le problème du moment mais en allant plus loin. En comprenant le modèle dans lequel j’étais et en mettant tout en oeuvre pour en sortir.

J’ai décidé de choisir le sentier que je n’avais jamais emprunté. Celui qui me faisait peur. Celui qui m’obligeait à remettre les bases de ma personnalité en question. Celui qui demandait du courage, de la ténacité, de la résilience.

C’est un chemin parsemé d’embûches. Qui t’oblige à abandonner totalement qui tu es pour devenir qui tu es appelé à devenir.

Abandonner ton confort de vie.

Abandonner ton sentiment de sécurité.

Abandonner ce qui est bon pour chercher ce qui est meilleur.

Dans cette démarche, j’ai été inspiré par mon bébé qui découvrait le monde. J’ai également été soutenu par ma femme à qui je dois tout mais je l’ai surtout fait parce que mon fils aîné en avait besoin. Parce qu’il arrivait à un âge où le père que j’étais ne pouvait plus lui convenir.

Son début d’histoire, elle n’est pas aussi brillante que celle de son petit frère. Mais elle sera à partir d’aujourd’hui la plus belle histoire que je pourrai lui conter.

Parce que je veux être son bouclier.

Parce que je veux être un modèle qu’il pourra suivre.

Alors j’ai décidé d’effacer ma culpabilité quant à mes choix passés afin que mon nouveau moteur soit basé sur l’Amour que je leur porte car c’est une source inépuisable qui ne peut que grandir et se développer.

12 Comments
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12 Comments

  1. Céline (Maman du 21ème siècle)
    11 novembre 2017 at 9:24

    Peu de papas parviennent à sauter ce pas, se disant que, s’ils ne peuvent pas être aussi présents qu’ils le souhaiteraient, la maman, elle sera là et que ça sera suffisant. Certaines mamans aussi passent finalement peu de temps chaque jour avec leur enfant pensant qu’elles n’ont pas d’autre choix que d’avoir une « carrière », un « statut », pour elles synonymes d’épanouissement personnel. Ce qui compte en fait, c’est d’etre en accord avec qui nous sommes profondément et être certain d’etre heureux comme cela. Du coup, tu as changé complètement de boulot ? Je suis curieuse. (En ce qui me concerne, cf mon tout premier article « changement de vie », je suis passée d’une pseudo carrière en marketing à un travail d’assistante maternelle, plus proche de mes valeurs)

    • Happy Daddy
      11 novembre 2017 at 11:10

      Merci pour cette belle réponse.
      Ce qui est dommage c’est justement de se limiter à ce qui est « suffisant » pour un enfant alors qu’on a tant à leur offrir et que plus on leur donne, plus ils nous le rendent. Et ça, c’est magique !
      J’ai donc décidé au début de l’année que le suffisant ne ferait plus partie de mon vocabulaire.

      Sinon, j’ai toujours eu du mal à faire des choix qui me bloquent certaines routes alors comme à mon habitude, j’ai choisi de tout faire : Je garde mon travail prenant mais qui me convient parfaitement pour développer mon côté professionnel, je me lance dans le blog parce qu’écrire me permet d’avancer et pour partager mon aventure en espérant apporter une autre façon de voir la vie à des parents qui recherchent à changer la leur et je travaille aussi sur mon projet annexe de création de mon petit magasin de design en ligne pour développer mon côté créatif.
      Tout un programme, mais j’y reviendrai certainement dans d’autres futurs billets si cela semble intéresser du monde 😉

  2. Céline (Maman du 21ème siècle)
    11 novembre 2017 at 10:22

    Ah oui, en effet !! Ça va te prendre un temps de dingue tout ça ! Courage pour tout mener de front !

    • Happy Daddy
      13 novembre 2017 at 11:07

      Oui, et pas qu’un peu ! Moi qui était anti-agenda, je me dois de planifier chaque seconde pour être certain qu’elle soit la mieux utilisée possible.
      Mais c’est là que tu réalises qu’on a plein de temps « mort » dans nos vies qui nous donnent l’impression qu’on a jamais assez de temps.

  3. Le Rire des Anges
    16 novembre 2017 at 6:33

    Je reviendrais quand j’aurais plus de temps pour commenter ce billet, très touchant et après avoir lu la première partie de ton récit aussi!

    • Happy Daddy
      16 novembre 2017 at 10:44

      Merci :o)

      J’avoue que j’utilise l’écriture pour prendre le temps de mettre des mots sur des sentiments que j’ai moi-même envie de comprendre et tout d’un coup, je réalise que ça en fait des articles qui pourraient apporter un petit quelque chose, une lueur d’espoir à ceux qui sont sur le chemin mais qui n’ont pas encore trouvé les petites bougies qui leur permettent d’avancer avec confiance et sérénité.

  4. Amandine Plume2vie
    23 novembre 2017 at 12:03

    Ce billet m’a particulièrement ému et touché très profondément. Tu es très fort Laurent…

    Un Bon père est forcement un père qui réalise ces choses là,qui accepte Et grandit. Ton grand à encore l’âge d’être proche de Toi, de pardonner et profiter. Parfois il faut du temps pour réaliser et Bien vouloir l’accepter mais tu as su le faire Et il ne faut pas ou plus Que tu en souffres.

    Tu sembles être une belle personne Laurent

    Tendrement
    Amandine

    • Happy Daddy
      27 novembre 2017 at 11:31

      C’est gentil :o)

      Oui, je ne suis même pas certain qu’il réalisera un jour qu’il y a eu un énorme travail pour devenir le meilleur père que je pourrais devenir pour lui et son frère mais finalement si je peux leur donner un exemple, si je peux leur montrer un moyen de trouver le bonheur au quotidien dans leur vie, tout ce travail aura porté ces fruits et c’est l’essentiel !

  5. Sarah Boots And Pepper
    27 novembre 2017 at 7:22

    C’est rare une telle capacité à verbaliser ces remises en questions, en prendre conscience n’est déjà pas évident, surtout lorsque l’on est bouleversé par le tsunami de la parentalité, son manque de sommeil, ses surprises, ses désillusions, ses découvertes…
    Tu fais bien de partager, ces mots là trouvent écho en bon nombre de parents, je crois. L’important comme tu le dis, c’est de s’accepter, d’accepter nos choix, et de laisser derrière soi cette p***** de culpabilité.

    • Happy Daddy
      27 novembre 2017 at 11:34

      Ce qui est drôle, c’est que c’est justement en prenant le temps de mettre ces sentiments et ces questions sur papier que j’arrive à mieux les comprendre. A mieux me comprendre. Et si ça fait écho et que ça peut porter quelques parents un peu plus loin dans leur vie, alors j’en serai plus que comblé.

  6. Mumtwokids
    22 décembre 2017 at 2:56

    J’ai lu les deux billets avec beaucoup d’attention en me disant que ce que tu as vécu n’était vraiment pas facile car tu étais rentré dans un cycle infernal mais tu as réussi à prendre le dessus et à changer, ça n’a pas dû être évident mais je pense que désormais tu peux être fier de toi et ta famille doit l’être aussi ! Bravo à toi

    • Happy Daddy
      22 décembre 2017 at 8:37

      Ce n’est effectivement pas si évident surtout quand on tente de le faire par soi-même.
      C’est un peu ce qui me motive à partager mon expérience. Bien que chacun vivra sa parentalité à sa façon, c’est une manière de montrer qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel et qu’il est toujours possible de récupérer un bonheur perdu.

      Merci pour ton commentaire :o)

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